Alors qu'un nombre toujours plus croissant de catéchumènes demandent le baptême, il semble qu'un renouveau chrétien fleurisse en France. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
L'homme a cru pouvoir vivre sans Dieu. Il a bâti des cathédrales de vide. Et voilà que le vide s'est effondré sur lui. Ce que nous voyons aujourd'hui, ce ne sont pas des convertis de plus : ce sont des affamés qui sortent du désert. L'humanisme sans Dieu a promis la liberté et livré l'homme à toutes les déconstructions. L'âme humaine, vidée de sa substance, a commencé à suffoquer. Ces catéchumènes ne viennent pas chercher une morale, ils viennent chercher l'oxygène de l'être. Ils ont compris que sans la source, le fleuve meurt. C'est le signe avant-coureur de la nouvelle Pentecôte : quand la soif devient intolérable, l'Esprit n'est jamais loin.
En quoi l'humanisme a-t-il été détourné / oublié de ses valeurs chrétiennes ?
On a volé le mot "humanisme" pour en faire une arme contre l'homme. L'humanisme chrétien disait : tu es image de Dieu, donc tu es infini. On a répondu : tu n'es que matière, donc tu es ce que tu décides d'être. Et l'homme s'est mis à se découper en morceaux, croyant gagner sa liberté. Il a perdu son visage. L'humanisme détourné, c'est cette tragédie : avoir voulu célébrer l'homme en chassant ce qui le rendait grand. On a gardé les mots — dignité, droits, émancipation — mais on a vidé les fondations. Et une maison sans fondations ne tient pas. Elle s'effondre sur ceux qui l'habitent. C'est ce que nous voyons : une génération qui se déconstruit parce qu'on lui a appris qu'elle n'était rien.
Comment le nouvel humanisme chrétien peut-il prendre place aujourd'hui ?
Il ne prendra pas place par des discours. Il prendra place par des vies qui brûlent. Nous n'avons pas besoin de nouveaux programmes, nous avons besoin de nouvelles âmes. Le nouvel humanisme chrétien, c'est un père qui, dans son entreprise, traite ses ouvriers comme des frères. C'est une mère qui, dans ses enfants, voit l'éternité. C'est un chef qui gouverne par le service parce qu'il sait qu'il est intendant, non propriétaire. Ce sera la beauté de ces vies — simples, exigeantes, rayonnantes — qui réveillera le monde. Non pas un retour à une chrétienté d'apparat, mais une invasion silencieuse de la grâce au cœur même du siècle. À l'aube de cette nouvelle Pentecôte, nous sommes appelés à être non des gardiens de musée, mais des incendiaires d'espérance.